Alhieza, notre projet : une association dédiée aux pratiques
du mouvement premier au sein des arts de la présence

Le monde de l’art a changé. Celui-ci ne repose plus forcément sur le triptyque traditionnel de l’artiste créateur, de l’œuvre d’art et des institutions chargées de la reconnaissance de ceux-ci. On voit apparaître de nouvelles pratiques du beau qui se dispensent de ces trois figures. Ainsi la danse contemporaine peut-elle délaisser le spectacle convenu d’une compagnie sur scène pour lui préférer la fresque que composent les danseurs et non-danseurs invités à une réalisation collective hors-les-murs ; la fresque de la danse de tous pour tous dans le lieu de tous ; jardin, friche industrielle,… Et, partant, la fresque d’une danse sans auteur véritable – qui est le créateur de ce happening, celui qui l’a initié ou la foule qui a répondu à son appel ? sans plus d’objet final – que peut-on saisir de cet événement qui ferait œuvre ? et, enfin, sans plus d’instance de reconnaissance – qui fera autorité sur ce moment et pour dire quoi ? 

C’est que notre rapport à l’art, au beau, s’est sans doute élargi, sinon déplacé. Ce qui peut nous importer, aujourd’hui, c’est moins les beautés que nous tirons de nos mises en formes que les beautés natives qui précèdent celles-ci.

Sans renoncer pour autant aux émotions d’une œuvre achevée, d’un concert, d’une exposition, nous pouvons désormais être sensibles à l’inquiétante beauté d’une ordure nimbée de soleil, au charme soudain de la mélodie qu’invente la main enfantine qui court sur un clavier, au saisissant chatoiement des couleurs qui s’enfuient sous l’eau qui lave notre palette… Et par là, ne pas nous donner d’autres pratiques que celles de ces présences premières. Ce que nous voulons, alors, ce n’est plus transformer, mais désigner, révéler ; ce n’est plus affirmer quelque valeur supérieure à ce qui est, mais celle de ce qui est. Nous ne demandons plus aux choses d’abonder notre statut d’artiste, nos objets, notre reconnaissance ; nous pouvons laisser là ces formes habituelles : nous ne nous tenons plus devant les choses, mais derrière celles-ci. 

Faudrait-il parler d’une écologie de l’art ? Nous allons, à ce moment, chercher la beauté, ce que celle-ci peut porter de vérité, de sens et de valeurs, là où, avant toute autre considération, celle-ci se trouve : dans les plis du monde. Le corps fragile et maladroit n’a plus, dès lors, à se travestir en quelque athlète de l’art pour que nous l’acceptions : nous aimons la danse de la fragilité et de la maladresse car nous aimons le corps fragile et maladroit ; le corps dans et pour sa présence de corps. Et de même, nous pouvons ne pas être pas moins réceptifs à la main qui, libre de tout savoir et de toute technique, s’abandonne à son pur plaisir des pures couleurs. Le corps du corps, la fragilité de la fragilité, la main de la main, les couleurs des couleurs… Aux tables de la Loi de l’art, nous avons ajouté cet important codicille : cette discipline n’a plus à se préoccuper des seules valeurs de ses créations et de ses exigeantes mises en forme, il lui revient aussi de se pencher sur, et même de faire advenir, les présences premières des choses premières. C’est à ces choses premières, consistance, texture, rayonnement,… des choses premières que nous pouvons désormais adosser nos pratiques.

Ce qui revient à dire que cette nouvelle veine de l’art, celle de ce que l’on pourrait appeler les arts de la présence, n’est pas sans enjeux puisque celle-ci affirme ainsi, à rebours de toute discrimination et de tout déclassement, tant la possibilité d’un art de tous pour tous, qu’un droit à être de tous. On peut tous participer de ces pratiques inédites, et on le peut pour ce que l’on est. Le tout étant, évidemment, d’adhérer à ces expériences pour ce qu’elles sont ; à savoir, donc, de répondre aux exigences des présences des présences, aux exigences du corps du corps, de la fragilité de la fragilité,…

Et c’est ce que se propose de faire notre association en s’appuyant sur des pratiques du mouvement premier, telles qu’exposées dans notre Règle du jeu. C’est à emprunter et cultiver la voie du bon heur que ces expériences réclament et engagent, à participer ainsi du mieux possible au courant des arts de la présence, à ses enjeux et ses valeurs, comme, aussi, à ses réflexions, que nous souhaitons faire porter le meilleur de nos efforts. 

Et ce, pour un tous présents, tous en présence, en somme. Et parce que cette présence nécessite l’appel et l’accueil de tous, pour un tous ensemble, encore. Et ce, encore et bien sûr, on le comprend, pour notre plus grand bénéfice, ou même, plus précisément, pour rejoindre le texte de notre page d’accueil, notre plus grande joie.

Redisons le : Alhieza : la Joie.